vendredi 18 septembre 2015

8 Idées reçues sur la peine de mort en Tunisie

 « si vous voulez l’exécution capitale, ayez le courage de la regarder en face »

tels étaient les propos qu'a tenu Léon Gambetta  lorsqu'on a proposé, pour la première fois, d'abolir les exécutions en public en France.
en 2015, si la Question de l'abolition de la peine de mort ne se pose plus dans 105 pays dans le monde, la question reste toujours  tabou en Tunisie.

Bien que le souvenir de ce samedi 26 décembre 2006 est toujours ancré dans la mémoire nationale des Tunisiens, l'exécution de Saddam Hussein par pendaison le Jour d'une fete musulmane n'a pas pu dissuader les peuples "arabo-musulmans" de la Barbarie d'une justice qui dispose de la vie d'autrui en acceptant de tuer, comme dirait Robert Badinter.



La position de la Tunisie devient de plus en plus ambiguë sur la question, spécialement après le vote à l'unanimité de la loi de la lutte contre le terrorisme autorisant la peine de mort  (174 députés ont voté oui et 10 députés se sont abstenus). 

les réactions , suite à ce vote, ont été révélatrices de l'antagonisme établi entre les partisans et les détracteurs de la peine de mort. 
il semble que la question "etes vous pour ou contre la peine de mort" n'est autre que celle de savoir par quel droit nous nous octroyons (ou pas) le droit d'oter la vie à autrui. 
voici une liste de  8 idées reçues sur la peine capitale ayant l'ambition de tracer les contours de ce débat toujours d'actualité. 


1. LA PEINE DE MORT: UN MOYEN EFFICACE DE LA LUTTE CONTRE LA CRIMINALITé:
l'un des arguments le plus fréquemment avancé pour soutenir le maintien de la peine de mort en Tunisie est celui de l'exemplarité de la peine de mort. 
Encore aujourd'hui, Plusieurs voix s'élèvent pour rappeler qu'exécuter un meurtrier en persuadera d'autres de ne pas commettre le meme crime. 
Argument Fragile et prouvé faux à multiples reprises puisque jusque là, aucune étude n'a réussi à prouver que la courbe de criminalité a été inversée dès qu'un pays a cessé d'exécuter des condamnés. 
si l'exécution était une solution pour faire baisser ou cesser le crime dans une société, on aurait l'un des taux les plus faibles de criminalité dans les pays appliquant  massivement la peine de mort à savoir l'Iran, la Chine, l'Arabie Saoudite. 
l’auteur du crime agit souvent dans la conviction absolue qu’il sera plus habile que les autres, que la police, que la justice, qu'il ne sera jamais puni pour son crime. 
par ailleurs, si les exécutions sont dissuasives, il est légitime de se demander pourquoi les exécutions en public ne sont plus de vigueur en Tunisie (dernière exécution publique a eu lieu en 1956), et pour aller plus loin dans ce raisonnement, pourquoi auront nous du mal à voir une scène d'exécution à la télé?

serait-il trop violent pour le spectateur? ou rappellerait-il les pratiques d'un certain "Etat Islamique"?
il faut notamment dire que s'agissant des terroristes condamnés à mort, l'histoire nous montre que les  terroristes se  transforment en martyrs dès qu'ils sont exécutés , et  par conséquent, on susciteraient chez leurs adeptes des vocations.




2. LA PEINE DE MORT: UNE PEINE JUSTE POUR UN CRIME ODIEUX:

la peine de mort est la prolongation effective de la loi du Talion "oeil pour oeil, dent pour dent". 
cependant, il est faux de dire que la peine de mort n'est prononcée qu'à juste titre, le cas Maher Manai illustre bien les erreurs judiciaires dont est capable la justice Tunisienne. voir ici

En effet, La Tunisie est loin d'être un modèle à suivre en matière de procès équitable et de respect des procédures.
l'extorsion d'aveux sous la torture n'est pas une pratique rare dans le système judiciaire tunisien.
des témoignages relatés dans le livre  "le Syndrome de Siliana" (P.132-134) n'en sont qu'une infime illustration.
Mise à part la Torture et les traitements dégradants, il arrivait  que l'on faisait signer des aveux aux prévenus sans leur permettre de les lire, et lorsqu'ils refusaient de signer, on les forçait à opposer leurs empreintes sur le papier. 

En théorie, lorsque ce genre de pratiques est porté à la connaissance du juge, il est dans l'obligation d'ordonner l'ouverture d'une enquête
Néanmoins, l'engorgement de la Justice et l'obligation d'instruire et de juger les affaires dans des délais raisonnables vont dans le sens défavorable à l'application d'une telle obligation. 
selon le juge Mokhtar Yahiaoui, dans les années 1980, un juge avait en moyenne 5 dossiers à traiter, aujourd'hui, il en a entre 25 et 30 . 
la manière dont on gère les dossiers, les interrogatoires et le recueillement  de moyens de preuves prédisposent à l'erreur judiciaire.
la question se pose alors; combien y a-t-ils de condamnés à mort qui croulent dans les prisons tunisiennes en 2015 alors qu'ils réclament toujours leur innocence? et combien en a t-on exécuté jusque là?
malheureusement, une fois exécuté, on ne peut plus revenir sur la sentence. 

3. La peine de mort rend justice à la famille de la victime:
un argument tout aussi pertinent, est celui de croire que tuer quelqu'un parce qu'il est interdit de tuer est un moyen de rendre justice. 
dans un premier temps, il est nécessaire de  penser l'utilité de la justice, sert-elle à assouvir un sentiment de vengeance ou est ce qu'elle sert à mettre un coupable hors d'état de nuire tout en dédommageant la victime?
Michel Foucault s'est, par ailleurs, posé la question de savoir si la justice était là pour juger le crime ou l'auteur du crime. 
en toute hypothèse, la justice telle qu'elle a été conçue par les philosophes de la lumière, existe pour préserver la paix sociale, par conséquent, elle s'éloigne de cette vision primitive de la justice du moyen âge basée sur la vengeance.
la justice tunisienne est principalement calquée sur la justice Française, héritière de la philosophie de la lumière, ce constat est d'autant plus affirmé par l'adhésion de la Tunisie aux normes internationales relatives au respect des Droits de l'Homme.
si la justice pénale tunisienne ne jugeait que les crimes au lieu des auteurs des crimes, elle aurait pu être parfaitement indifférentes aux circonstances entourant la commission du crime, l'état psychologique du prévenu, ses antécédents judiciaires, sa récidive potentielle. 
dans ce sens, on peut dire qu'il suffit d'isoler le condamné qui représente un danger pour la société, de le réformer, de préparer sa réinsertion si elle est possible, afin de  préserver la paix sociale. 
la peine de mort s'inscrit dans une logique parfaitement contraire à l'idée selon laquelle il y a une part de bonté dans l'Homme , qu'il est possible de faillir et qu'il est d'autant plus possible de se repentir. 
  
il convient dans un second temps de se demander de quelle victime parle-t-on?
en effet, lorsqu'on parle de peine de mort, on se place souvent du coté d'une seule victime, de la famille de la défunte, de la violée, de la torturée, et on oublie que de l'autre coté, il y a la famille du condamné à mort, ses enfants, sa mère, ses proches. 
en exécutant un condamné, nous créons plus de victimes. 
il est plus facile de se reconnaitre dans la peau de la mère d'une victime de meurtre que dans la peau de la mère qui voit son enfant, quelqu'il soit, marchant vers  l'échafaud. 
Le criminel de sang, on voudrait qu’il nous soit étranger, il ne l’est pas, c’est un homme comme nous, et en l'exécutant , on lui refuse la qualité d’homme.     

4. ceux qui ne seront pas exécutés coutent cher à l'Etat:
il n'est pas rare que les partisans de la peine de mort recourent à l'argument économique pour justifier les exécutions. 
Par conséquent, il faut rappeler que la justice a un cout, et que ce n'est pas en exécutant les 134 condamnés à mort qui croupissaient dans nos prisons ( chiffres de  2013) qu'on allait sauver l'économie du pays. 

5. l'exécution se fait sans douleur:
 loin de l'idée qu'on a du condamné à mort vivant dans nos établissement pénitentiaires cinq étoile de luxe, il faut signaler qu'avant 2012, ces derniers vivaient dans l'isolement complet de la population carcérale, il y'en a meme qui sont restés dans une cellule individuelle pendant plus de 20ans sans droit de visite, ni droit à la correspondance, ayant pour seule repas deux baguettes par jour et une soupe à base de peau de légumes et sans accès aux soins. 
on leur a fait subir tous les traitements inhumains et dégradants qui puissent exister et ce, dans l'isolement totale. 
ils ne savaient pas quand est ce qu'ils seront exécutés et n'avaient aucun contact avec leur codétenus. 
ceux qui ont été condamnés avant le moratoire (1991) et qui n'ont  été ni exécutés ni graciés, ont vécu cette situation jusqu'en 2012.
comment peut-on s'attendre à ce que le meme système,  qui cautionne le traitement d'êtres humains, aussi coupables soient-ils, de la sorte, puisse  respecter la personne humaine?
comment peut on demander à un fonctionnaire , à qui on permet de torturer, rabaisser, violenter un détenu, de respecter un citoyen? "tous les Hommes sont égaux..." SAY WHAAAAAT????

il faut signaler, par ailleurs, que l'exécution en Tunisie, ne se faisait pas par injection de substance létale comme on pouvait le croire mais se faisait soit par pendaison (pour les civiles), soit par fusillades (pour les militaires). 
il faut notamment préciser que le condamné à mort par pendaison agonise pendant 5 minutes en Moyenne, le saffah de Nabeul a agonisé pendant près de 13 minutes avant de rendre l'ame. 

6. c'est l'Etat qui exécute les condamnés à mort:
pour ceux qui n'ont pas encore compris que l'Etat est une entité abstraite et que les mains de  la loi ne
sont que les mains de l'Homme, il est nécessaire de le leur rappeler. 
D'abord, qui décide ou pas si un prévenu doit mourir ou pas?
 5 hommes qui siègent à la cour d'assise, qui ne lisent pas forcément les dossiers qui leur sont présentés, qui assistent aux contradictoires sans beaucoup d'intérêt (effectivement, lorsqu'on  a 30 dossiers de viol/Vol/meurtre par jour, tous les jours, ça devient désintéressant), et qui jugeront du sort d'un Homme selon l'argumentaire d'un avocat consciencieux ou pas, convaincant ou pas...

S'agissant du  Droit de Grace, Robert Badinter disait :"c’est le dernier moment où le président de la république est Louis XIV, puisqu’il peut disposer de la vie ou de la mort d’un de ses sujets ».

et il affirme qu'« en réalité, la décision appartient à un seul, au président de la république,  accepter ce pouvoir c’est reconnaître le droit d’un homme sur la vie d’un autre homme et  une société qui condamne la mort doit se refuser de la donner "  



Avant 1991, toutes les exécutions se faisaient à la Prison du 9 avril. 
c'était Am Hmed, un ancien fonctionnaire de compagnie de Bus qui assurait l'exécution des condamnés. 
en 1987, Am Hmed est parti à la retraite et c'est Am Hassen qui a pris la relève, on lui a proposé la charge de la corde, assortie d’une indemnité de 20dt par tete qui sera portée plus tard à 150 dt. 
c'est cette justice que cautionne la peine de mort, celle qui rémunère un bourreau sur chaque tete, celle qui transforme un homme en meurtrier en lui octroyant le Droit de tuer. 
on parle de "Meurtre légitime", une expression bien douce qui travestit une barbarie.

7. La peine de mort est réservée exclusivement aux crimes de sang:
"oeil pour oeil, dent pour dent", telle est la logique des partisans de la peine de mort qui croient naïvement que seulement ceux qui ont commis un meurtre ont été condamnés à mort. 
il n'est pas inutiles de préciser qu'historiquement, la peine de mort a été très souvent utilisée pour évincer des concurrents politiques. 

Sous le régne de Bourghuiba,129 personnes ont été exécutées
Sous Ben Ali, il n’y a eu que 6 exécutions. 
Salah ben Youssef  sera condamné le 8 janvier 1957 à la peine de mort, Lazhar chraiti sera fusillé avec 9 autres conjurés le 24 janvier 1963 dans l’affaire du complot de décembre 1962.
En octobre 1959, 128 partisans de Ben Youssef seront jugés pour complot dont 15 qui seront condamnés à mort. Seulement 8 seront exécutés.

lors des émeutes du pain le 26 mai 1984, la chambre criminelle de Tunis a condamné 10 jeunes émeutiers à la peine de mort, ils seront graciés plus tard par Bourguiba. 
Ceci étant, ça ne veut pas  que tous les condamnés à mort ne sont ni tueurs, ni violeurs. 
selon le code pénal tunisien, seront condamnés à mort les auteurs de viol sur mineurs, les coupables d'Homicide avec circonstances aggravante, de Meurtre d’ascendants, d'Enlèvement, de  séquestration, de détention de juge, les auteurs d'incendie et attentats ferroviaires ayant entrainé la mort. 
avec le vote de la nouvelle Loi de la lutte contre le terrorisme, seront aussi condamnés à mort les "terroristes". 
reste à savoir, qui sera considéré comme terroriste eu égard à l'ambiguité de la définition. 

8.abolir la peine de mort est contraire à l'Islam

En Tunisie, si nous ne voulons pas débattre d'une question, ou nous n'arrivons pas à construire un argumentaire solide pour convaincre notre interlocuteur de notre thèse, nous lui opposons le VETO ultime de la religion. 
la question de la peine de mort ne fera pas exception,  RACHED GHANNOUCHI s'est déjà prononcé  en affirmant que  « l’abolition représenterait une atteinte aux fondements et aux piliers de l’Islam et serait contraire à la Charia ». 
Ici, il ne va pas s'agir de convaincre le lecteur que l'abolition de la peine de mort est contraire à la Charia, mais de démontrer que l'abolition de la peine de mort , si elle venait à être établie, ne sera pas l'unique discordance entre la Charia et le Droit positif Tunisien puisque ce dernier s'est détaché et a aboli, depuis longtemps, plusieurs pratiques que la Charia permet: l'esclavage, la répudiation, la lapidation et la flagellation, n'en sont que des exemples. 

Dans la charia, sont punis de peine de mort les crimes suivants : (aller plus loin)
l'adultère commis par des musulmans mariés (Muhassan), le meurtre intentionnelle, la sorcellerie et l'apostasie. 
selon l'article 236 du code pénal tunisien,  l'adultère est puni de 5 ans d'emprisonnement et 500 dt d'amende et le conjoint  ne sera poursuivi qu'à la demande de l'autre conjoint qui reste maitre d'arrêter les poursuites ou l'effet de la condamnation.
il n'est nullement question de peine de mort s'agissant de l'adultère. 
quant à la sorcellerie et le crime d'apostasie , ils ne sont nullement punis par la loi pénale tunisienne. 
par conséquent l'argument religieux ne tient pas à moins de vouloir  ré-instaurer les châtiments corporels inscrits dans la charria et  arrêter de prétendre défendre les Droits de l'Homme et le respect de l'intégrité physique. 


Pour conclure, 
l'état du Droit pénal Tunisien aujourd'hui penche plus vers l'abolition que vers le retour aux exécutions. Cependant, le législateur tunisien semble manquer de courage pour franchir le pas de l'abolition, il préfère rester dans l'indécision, dans une zone grise, où on condamne à mort mais on n'exécute pas, d'une part, pour rassurer l'opinion publique en faisant preuve de fermeté vis à vis des crimes les plus odieux et d'autre part, pour ne pas "mettre en colère" la partie la plus conservatrice de la société  tunisienne, celle spécialement attachée aux pratiques Daechiennes. 




















mercredi 15 juillet 2015

Réponse à MOUNA NOUREDDINE: quand un métier devient une insulte





Depuis quelques jours, un "clash" sur un dit ou un entendu fait polémique entre deux personnes qu'on attribue au milieu artistique à savoir Mouna Noureddine et Mariem ben Mami. 

L'une a "osé" critiquer la performance de l'autre, et il s'en est suivi des propos maladroits. 

 "c'est la faute à Sami el Fehri, il aurait du la laisser dans sa boutique de chaussures". 
telle était la réponse de Mouna Noureddine sur Mosaique FM.

Il y a une chose  à signaler à l'occasion de cet incident:
la manière dont on dénigre une personne à cause de son métier. 
Etre vendeuse, serveuse, femme de ménage, danseuse, éboueur, coiffeur, louagiste etc... est devenu une sorte de condamnation, une insulte, un outrage à l'ordre des métiers "'prestigieux " qu'on a le droit d'exercer, et un consentement tacite, une autorisation octroyée à son entourage pour qu'il nous rabaisse, nous met à la marge. 

A l'occasion d'un diner, des amis à mes parents ont ramené leur enfant de 5 ans, un adorable petit garçon que j'observe avec admiration, calme, bien élevé, qui se tient bien à table et qui a une belle particularité, il sait très bien ce qu'il veut, et contrairement aux autres enfants, il n'a pas de réserves, il me demande de le servir avec beaucoup de précision, et il insiste sur les verdures, les quantités etc...

avec beaucoup d'admiration, je décrète qu'il sera "chef-cuisinier".
ma mère fait les yeux ronds et essaie de rattraper le coup.
comme moi-même j'aspirais à être chef-patissier pendant un bref moment de mon adolescence, je ne pensais pas du tout que voir les prémices d'un grand "chef " dans un enfant de cinq ans aurait pu être compris comme une insulte. 
alors pour réconforter ma mère dans son malaise, j'ai du expliquer que le métier de chef-cuisinier est un métier Noble qui n'a rien à envier aux autres métiers "prestigieux" selon la vision restrictive de certaines personnes, qu'il demande précision et créativité, et que cet enfant a une passion pour les saveurs, et qu'à son âge, c'est assez rare. 

si je partage avec vous cette anecdote, c'est que j'ai été autant troublé par la réaction de ma mère, qu'avec la réaction de Mouna Noureddine.
je fais notamment remarquer qu'entre Mouna Noureddine et ma mère, il y a bien une génération. 
si les mentalités n'ont pas changé depuis, ils ne sont pas prêtes de changer aujourd'hui; 

on n'hésite pas à hiérarchiser les métiers:
entre métiers manuels et "intellectuels", comme si en usant de ses mains, ce n'est pas une activité cérébrale qui était stimulée.
entre les métiers qui paient le moins et les métiers qui paient le plus, parce que notre société est bien capitaliste. 
entre les gens qui s'enrichissent trop vites ("nouveaux riches"/ "arrivistes "etc...), et les gens qui ont du mal à joindre les deux bouts ("ceux là sont les gens les plus honnêtes" dirons-nous).
entre les métiers "décents", et les métiers "immoraux". 

le phénomène commence bien plutôt:
Au lycée, lorsqu'il arrive le temps de faire notre orientation.
ceux qui font les branches scientifiques sont les plus brillants, oui, meme s'ils ont leur bac avec 4 de moyenne en Math, ils sont les "plus brillants" parce qu'ils sont "bac-math". 
les autres, ceux qui font économie, sport, lettre, ceux là sont classés au plus bas de l' échelle .
Mais non, pas vraiment, parce qu'il y a toujours des gens qu'on plaint plus que soi, ceux qui ont quitté l'école et qui font une formation professionnelle. 
A dieu les lycées techniques de Bourghuiba! vous savez,  ces petits établissements qui nous faisaient sortir des techniciens compétents à qui vous pouvez confier une installation sans qu'on vous fait griller toute l'électricité de la maison. 

meme pour le choix de la 4ème langue, on hiérarchise: ceux qui font Allemand sont les plus brillants, ceux qui font espagnol sont moins bien mais pas autant que ceux qui font Italien, Russe, Chinois etc... ces marginaux, ces rebelles, ces gauches, balourds!

Aujourd'hui on préfère forcer un enfant à faire "un bac +20" pour le "prestige" au lieu d'un BTS qui est plus adapté à son projet professionnel. 
on préfère que notre enfant soit "MEDECIN" que "Chef cuisinier". 
on préfère être "Actrice" que "vendeuse de chaussures".

Toutes ces classifications qui font de nous le bouc émissaire de l'autre, la personne qu'on désapprouve, qui n'est jamais assez à notre gout, qu'on a le droit, voire le devoir de dégrader, d'humilier, de mortifier. 
et pourtant, c'est bien dans cette différence qu'on construit un monde, que les uns sont au service des autres, que les autres font le plaisir des uns.
il n'y a pas un critère qui définit le métier idéal, c'est aussi subjectif que le choix de sa couleur préférée, et il est quand meme déroutant de tirer ce constat aujourd'hui, de voir qu'un artiste, une école dans le théâtre tunisien, puisse émettre un jugement de valeur aussi méprisant. 

mercredi 8 juillet 2015

COMMENT LE LEGISLATEUR TUNISIEN A TRANSFORME L'ENFANT NATUREL EN BATARD (weld Hram)

Dans l'actualité des feuilletons ramadanesques (confère WLED MOUFIDA et LILET CHAK), voilà qu'on traite un enfant né en dehors des liens sacrés du mariage de batard/ Weld Hram. 


En effet, dans l'esprit du Tunisien, ce n'est pas du tout choquant de faire une différenciation  entre les enfants légitimes et les enfants naturels en faisant de leur existence une abérration, une honte, un péché, en leur faisant porter le stigma d'être nés d'une union illégale, d'une "faute" dirait l'un, de "l'adultère" dirait l'autre. 

Il suffit de revenir sur la définition religieuse et la définition légale du mariage pour se rendre compte que dans l'esprit du Tunisien, il existe une confusion totale entre les deux unions et que c'est de là que vient le mal. 
Oui, le mal de faire porter à l'enfant  la conduite de ses parents.
 la "conduite" et pas la "faute" parce qu'il ne nous importe pas de dire que c'est une erreur, que c'est un accident, que c'est un péché. 
Nous n'avons pas le droit d'accuser, de prêcher, de donner la leçon, de porter un jugement moral sur l'union de deux êtres. 
En Effet, parce que ces deux êtres peuvent ne pas partager vos convictions, vos croyances, votre religion et que leur enfant a le droit de vivre, indépendamment de vos convictions, de vos croyances ou de la religion de ses parents.

Cette confusion, elle vient souvent de notre ignorance de ce qu'est le mariage religieux. 
Dans le coran, on ne parle nul part de mariage (A-ZZAWEJ), on trouve le terme "Paire" (ZAWJ) et de (NIKAH)  qu'on comprend ,à tort aujourd'hui  et pour une raison que j'ignore, par "acte sexuel) et des femmes 'engagées' (A-NNISA' Al-Mouhassanet). 

Dans la tradition musulmane, le mariage est solennel et doit répondre à trois conditions, dont deux sont encore débattues et parfois tombées en désuétude  dans un certain nombre de pays dits musulmans. 
Ces trois conditions sont les suivantes: 
-les deux témoins
-le consentement du parent de la femme
-la dot

On retrouve en Droit tunisien, comme dans la plus part des Droits positifs la condition de la publicité, qui reste primordiale et essentielle dans la plus part des cultures. 

S'agissant de la dot, la tradition n'avait pas précisé la somme due à la mariée, et en Droit tunisien, il est très fréquent que la somme donnée soit symbolique. 

S'agissant du consentement du parent de la femme, ce critère est toujours en vigueur dans un certain nombre de pays comme l'Arabie Saoudite où la femme est toujours perçue comme mineur et incapable. En Droit tunisien, c'est le consentement de la femme elle-meme qui est requis. 
 C'est un critère dont la prise en compte varie selon les écoles islamiques et les exégètes. 
L'acte sexuel/ AL NIKAH étant la consommation du mariage. 


Cependant, il s'agit de souligner le fait que, malgré les débats houleux au tour de cette question, les érudits,savants, exégètes s'accordent sur la condition de la publicité, les deux témoins. 

Si on suit cette logique, on se posera la question suivante:
combien de couples en Tunisie, se fréquentent-ils à la vue et au su de tous, s'engagent t-ils à être exclusifs les uns aux autres.
Combien de couples que nous connaissons, loin d'avoir lié leur destin par un contrat de mariage, ont consenti à être liés les uns aux autres, et que nous, leur entourage, les savons engagés?
Selon cette logique, qui n'est pas du tout mienne puisque je ne fais que rapporter les propos de certains penseurs et exégètes, la relation entre homme et femme est parfaitement Halal du moment où cette condition de publicité est remplie. 

Il convient notamment de rappeler que comme l'objet de cet article n'est pas le mariage mais plutôt la condition de l'enfant né hors mariage en Tunisie, on laissera au lecteur intéressé la liberté de consulter l'ouvrage de "Olfa Youssef-hayrat moslma" qui traite d'une manière plus approfondie de la question du mariage  dans l'islam pour apporter plus de précisions à ces propos. 

Le mariage religieux, connu sous le nom du "ZAWAJ AL-OURFI" en Tunisie est parfaitement Halal, mais totalement illégal depuis la création du Code du Statut personnel. 
Du moment où on comprend la différence entre le mariage religieux et le mariage légal, il n'est pas inopportun de rappeler qu'un enfant né d'un mariage religieux sera un enfant illégitime devant la loi, et un "batard"/Weld Hram, dans la société. 
Ceci étant, il convient de rappeler que toute union libre n'est pas forcément une union religieuse mais tout enfant issu d'une union libre sera baptisé "Weld Hram". 
qu'est ce que le "Hram"?
Une notion à connotation religieuse, qui porte dans ses entrailles un discours, une morale, une croyance, une interprétation.
Cependant, un enfant né hors mariage est un enfant biologique, un enfant naturel, UN ENFANT tout-court !

Il convient de rappeler ici que le législateur tunisien avait octroyé des droits indifférenciés aux enfants légitimes et aux enfants illégitimes, sauf pour la question de l'héritage qui reste toujours irrésolue. 
Autrement dit, ce législateur vient vous dire qu'il existe des enfants que vous avez le droit d'avoir et des enfants que vous n'avez pas le droit d'avoir, et que s'il vous arrive d'avoir des enfants que vous ne devez pas avoir, ce n'est pas vous qui répondrez de votre irrespect de la loi, mais votre enfant. 
Oui, votre enfant, cet enfant de trois ou quatre mois qui a hérité de votre ADN mais à qui on refuse d'hériter de votre argent... 
quoi?...je ne vous entends pas...!... "Interet supérieur de l'enfant" me dites vous?, mais ce n'est pas un enfant que nous avons là, c'est un B-A-T-A-R-D! un accident! un péché! un SNOW! 

Ah mais non, pas un SNOW! parce qu'en effet, le législateur tunisien avait octroyé à cet enfant le droit de faire une action en recherche de paternité, de porter le nom de son père biologique s'il s'avère suite à un test ADN qu'il est bien son fils. 

Oui le législateur tunisien avait tout fait pour faire prévaloir ce fameux "intérêt supérieur de l'enfant", sauf qu'il n'est pas allé jusqu'au bout de sa logique. 
comment protège-t-on un enfant en permettant à la société de lui dire qu'il est le fruit du HRAM?
comment protège-t-on un enfant en le privant de son héritage alors qu'on veut affirmer qu'il n'existe pas de différence entre enfant légitime et enfant naturel?

Ce "Weld Hram", né d'une mère "pute" et d'un père 'RAJEL", est condamné à vivre au centre du mépris et des accusations, et à la marge du correcte et du convenu. 
avec l'assentiment du législateur tunisien, Sponsorisé par le peuple tunisien. 
un peuple si tolérant et illuminé. 




dimanche 17 mai 2015

L'ARTICLE 230 DU CODE PÉNAL TUNISIEN : UN COMBAT POUR LA PROTECTION DE LA VIE PRIVÉE




Suite à un statut publié par la présidente de l'association Tunisienne du soutien aux minorité relatif à la question de l'interdiction de l'homosexualité dans le code pénal tunisien, la réponse d'un internaute m'a particulièrement heurtée.

et je cite:


"il ya le plus important à combattre et lutter pour chez nos debuté, c le droit d'une femme à être voilée en tant que hôtesse de l'aire chez tunisaire" 




Abstraction faite de la syntaxe,  parlons du fond. 


Cet homme pense que c'est plus urgent de permettre à une hôtesse de l'air de se voiler que d'abroger une loi qui punit de 3ans d'emprisonnement quelqu'un qui a décidé de donner son cul ou d'enculer un autre dans le consentement (si ça vous plait tellement de réduire le fait d'être Homosexuel à une histoire de cul). 


je prends ça de deux manières:


1. c'est tout à fait prévisible qu'un Tunisien Type commente ce genre de statut en faisant valoir qu'un combat pour la liberté est plus important qu'un autre. 

parce que le Tunisien Type, dans son autisme démesuré, ne sait pas qu'on peut très bien mener plusieurs combats à la fois. 
parce que lui ,tout simplement, ne mène aucun combat et se permet, dans sa passivité, de décréter ce qui est le plus important. 

2. ce meme tunisien ne sait pas qu'une peine de  privation de liberté pour une pratique consentie et qui relève exclusivement de la vie privée d'un citoyen est bien plus grave que de négocier la façon de se vêtir d'un individu sur son lieu de travail. 

quoique je considère personnellement que cette question de voile n'a pas lieu d'être et qu'en Tunisie, on trouve la voilée comme la non voilée et qu'il faut prévoir un uniforme pour les deux. 

de Manière générale, 

l'abrogation de l'article 230 du code pénal tunisien qui dispose  que :"  La sodomie, si elle ne rentre dans aucun des cas prévus aux articles précédents, est punie de l'emprisonnement pendant trois ans."
est un combat qui doit être mené, non seulement par la communauté #LGBT mais aussi par nous Hétéro. 

pourquoi?

il y a derrière toute sanction un principe qui ne doit pas être violé, et une affirmation du principe derrière toute sanction. 
dans le cas de l'article 230 ,  il convient de se poser la question de savoir quel est le principe qui se cache derrière cet article. 

s'agissant d'abord du choix de l'emplacement  de l'article dans le code pénal:

cet article est venu clore une série d'articles concernant le viol, les agressions sexuelles sur mineurs,  et l'atteinte à la pudeur (une notion particulièrement vague et imprécise). 
l'emplacement n'est pas du tout anodin, puisqu'il est révélateur de deux types de raisonnements qu'a pu avoir le législateur de 1913:

D'abord, le fait de punir la sodomie dans le cadre d'une relation sexuelle qui n'est pas consentie, est tout à fait compréhensible puisque , dans ce cas, ça sera une protection de l'intégrité physique de la personne et c'est l'interprétation première  qu'on retient lorsqu'on ne regarde que l'emplacement de ce texte.


Néanmoins, cette analyse ne tient pas puisque sur le fond, le législateur a tenu à préciser que ce texte est résiduel et qu'il englobe tous les cas de sodomie qui n'ont pas été couverts par les articles précédents. 
Donc à priori, la sodomie serait interdite dans le cadre d'un mariage, hors le cadre du mariage, entre adultes consentants, entre couples Hétérosexuels comme entre couples homosexuels.
 ce qui revient à dire que l'Etat dispose de votre corps, vous dicte les usages que vous pouvez en faire, et les usages qui vous sont interdits. 

l'article 230 vous dit que votre corps ne vous appartient pas, il appartient à l'Etat. 

l'article 230 vous dit que vous n'avez pas de vie privée, et que si vous avez confié à une voisine jalouse que vous adorez être prise par derrière, la police est susceptible de débarquer chez vous pour vous prendre en flagrant délit avec votre mari en train de vous sodomiser, et qu'il est possible que vous écopiez 3ans de prison pour une partie de plaisir. 
l'image est caricaturale, mais elle est parlante. 

l'article 230 ne vous dit pas seulement que votre corps ne vous appartient pas, il vous dit que vous etes mineurs, que vous n'êtes pas aptes à prendre vos propres décisions quant à votre vie sexuelle et qu'il est nécessaire que l'Etat vous protège contre vous meme. 

oui, il vous indique meme la façon dont vous devez aimer votre femme ou votre mari.

Ensuite, il convient de rappeler que cet article ne condamne pas l'homosexualité mais la sodomie, une pratique à laquelle des couples divers s'adonne dans leur intimité et qui ne porte pas atteinte à l'ordre public. 

si le législateur aurait voulu viser l'homosexualité, il aurait du aller plus dans les détails, se familiariser avec les pratiques sexuelles devant un film pornographique et puis interdire le cunnilinghus, la fellation, la position du mercenaire, la 69, et revoir à la loupe le guide du Karma Sutra en triant ce qui relève de l'homosexualité de ce qui ne l'est pas. 

Il reste à la fin la question religieuse qui est toujours présente s'agissant de l'interdiction de l'homosexualité dans les pays musulmans (une question traitée auparavant ici: http://chleghem.blogspot.fr/2015/03/on-ne-veut-pas-savoir-comprendre.html).

En Revanche, la question de l'interdiction de la Sodomie dans la religion, bien qu'elle ne renvoie à tort au village de Sodome du peuple de Lot, a un un fondement tout autre dans la doctrine religieuse puisque les "savants" qui se sont prononcés pour cette interdiction, ont pris pour fondement coranique la AYA "{Vos épouses sont pour vous un champ de labour ; allez à votre champ comme vous le voulez.} [ Sourate 2 – Verset 223
 Or l'interprétation de ce verset diverge d'un érudit à un autre. 
ceux qui prônent l'interdiction de la sodomie pensent qu'à l'image d'un agriculteur qui cultive sa terre, il y met de la semence pour avoir une récolte plus tard, l'homme ne doit pénétrer sa femme que dans un endroit fertile où cette semence pourra inséminer une ovule et donner un enfant. 
Eelon la métaphore interprétée de cette manière, la pénétration anale serait exclue des pratiques sexuels d'un "bon musulman". 

Il convient de rappeler d'abord, qu'un bon musulman ne couche pas avec sa femme que lorsqu'ils veulent avoir un enfant, d'ailleurs, la plus part du temps, leurs ébats sexuels ne donnent pas naissance à un enfant (bien heureusement), et de nos jours, on fait tout pour ne pas procréer à l'occasion d'une partie (exclusivement) de plaisir.

En parlant de procréation, cette interprétation du verset 223 est très réductrice puisqu'elle sous entend que Dieu interdirait les relations sexuelles entre couples stériles. ce qui est, en l'occurrence, absurde. 

Il convient de rappeler ensuite, que tous les tunisiens ne sont pas musulmans, que la liberté de conscience est consacrée dans la constitution et bien qu'on soit tous présumés musulmans (comme si la croyance pouvait être un héritage et non une conviction), cette présomption n'est pas irréfragable et elle a ses limites. 

En prenant ce facteur en considération, le législateur tunisien, s'il s'est inspiré de l'islam pour promulguer l'article 230,  aurait du se soucier de cette partie de la population qui n'est pas du tout musulmane, et qui revendique son droit à vivre son intimité comme elle le souhaite loin des contraintes religieuses. 
il n'est pas non plus inopportun de rappeler à ce meme législateur que la loi est sensée être pour tous et non seulement pour la majorité. 

Pour conclure, l'article 230 ne respecte ni l'intégrité physique du tunisien, ni son aptitude à prendre ses propres décision concernant sa vie PRIVÉE. 

L'article 230 est anticonstitutionnel puisqu'il est une violation grave de la liberté de conscience. 
l'article 230 doit être abrogé puisqu'il est complètement archaïque et cautionne les agressions que subissent les membres de la communauté LGBT. 
et le législateur tunisien doit consulter les avancées de la science (http://chleghem.blogspot.fr/2015/04/lactualite-scientifique-une-mise-au.html)  pour constater que l'orientation sexuelle, et l'identité sexuelle ne sont pas un choix  et que ceux qui sont nés différents des autres ne doivent pas être punis par la loi pour quelque chose qu'ils n'ont pas choisi. 





dimanche 3 mai 2015

Quand "Demoiselle" devient une insulte

Un incident tout à fait anecdotique m'a poussé à me poser des questions sur un sujet assez étonnant que je me permets de vous exposer; 
je viens d'apprendre avec beaucoup de surprise que dire "miss" ou "mademoiselle" à une fille c'est sexiste.
alors que moi, quand on me dit Madame, ça m'énerve!
alors oui, je suis au courant pour la loi,  la case mademoiselle sur les papiers administratifs a disparu, d'abord parce que ça n'a aucune utilité, et puis en fait, je n'en sais rien, je n'y ai jamais pensé.
ce que je sais, c'est que ce qui m'énerve surtout quand on me dit "Madame", c'est de me prendre pour quelqu'un qui n'a pas forcément 22ans.
et non, je ne compte pas avoir 22 ans éternellement, mais j'aimerais être perçue comme jeune lorsque je le suis. 
mais revenant à cette histoire de "miss" qui aurait apparament une connotation sexiste. 
 à la base d'où ça vient? pourquoi dit-on "monsieur" à la fois à un garçon de 5ans et à un homme dans sa cinquantaine, alors qu'on dit "Madame" à certaines "femmes" et "demoiselle" à D'autres  qu'on dit "jeune filles"?
est ce que ça a une relation directe avec le mariage?
ou est ce une question d'âge?
quand j'y pense, moi qui lutte contre tout qualificatif archaïque et dans ce cas très sexiste tels que "vieille fille", "bayra" etc... je me rends compte que peut être, dire "Demoiselle" à une fille ou à une femme sous entend des choses pas tout à fait honnêtes. mais comme ça ne m'a jamais gêné, je ne me suis jamais attardée sur la question. 
par ailleurs, pour la question de l'âge, on ne reproche jamais à un homme d'avoir 60ans et de se comporter/sentir jeune, à une femme si.
pas loin de cette semaine, Sandra Bullock, 50ans, a été nommée "plus belle femme du monde" par le magazine PEOPLE, et ça a été repris à la UNE de toute la presse "jaune".
je constate, en outre, l'étonnement de plusieurs de mes amis du sexe opposé, qui font remarquer que de plus en plus de femmes vieillissent bien et gardent une meme apparence que celle qu'elles avaient il y'a 20ans.
oui, parce que, selon eux, c'est l'homme qui s'embellit avec l'âge, et on s'attend de Madame qu'elle ait les seins qui pendouillent, le corps bien dysmorphe et adipeux, des rides, des paupières tombantes, les cheveux rêches et qui se font de plus en plus rares avec une couleur indécise. 
En fait, se développe chez ces jeunes hommes le Syndrome du MILF.
pour ceux et celles qui n'ont pas fait leurs premiers pas dans la pornographie (en tant que spectateurs bien entendu), Etre MILF (mother I'd Like to Fuck), c'est être "bonne" pour la baise.
c'est comme ça qu'un sexagenaire homme se transforme en Sugar-daddy/ une carte de crédit, et une sexagénaire qui se maintient se transforme en objet sexuel. 
tout cela me renvoie à deux questions:
1. est ce que nous avons un problème avec le sexe?
ou
2. est ce que nous avons un problème à accepter le sablier?

mardi 28 avril 2015

L'ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE: UNE MISE AU POINT SUR L'HOMOSEXUALITÉ

"nul n'a le droit de me blâmer, de me juger, et je précise que c'est bien la nature qui est seule responsable si je suis homo comme ils le disent"

c'est par cette citation de Charles Aznavour que Jacques Balthazart, Neuro-endoctrinologue et professeur à l'université de Liège, a choisi d'introduire son livre "Biologie de l'Homosexualité". 

ce livre , largement meublé par diverses études scientifiques sur la question de l'homosexualité , est venu répondre à tous ceux qui nient l'existence de facteurs biologiques à la détermination de l'orientation sexuelle, il retracera les avancés de la science sur la question et conclura avec un bilan mitigé, selon lequel, personne ne pourra affirmer, en l'état actuel de la science, que l'homosexualité est due seulement à des facteurs génétiques, à des facteurs environnementaux, ou à des facteurs hormonaux. 

voir l'interview avec le Professeur Balthazart

selon ce livre, on est né homosexuel, on ne choisit pas de l'etre. 

on relèvera dans cet article les points pertinents reproduits , sans pour au tant être exhaustif et on laissera au lecteur intéressé la liberté d'aller consulter cet Opus soigneusement documenté. 
il convient alors de distinguer orientation sexuelle et identité sexuelle. 

on parlera d'identité sexuelle lorsque l'individu se réclame d'un genre en accord ou en désaccord avec son sexe morphologique . 

à titre d'exemple: une femme avec des organes génitaux féminins se sentira femme dans la majorité des cas, alors qu'une femme/homme sur 10 000 pense être né(e) dans le mauvais corps, et déclare se sentir homme/femme, et on dira alors que son identité sexuelle est en désaccord avec son sexe morphologique, ce qui sera connu sous le terme "trans-sexualité").

l'orientation sexuelle, en l'occurrence, identifie le sexe des personnes vers lesquelles un individu dirige ses comportements mais aussi ses fantasmes sexuels. 

ici, on parlera d'hétérosexualité (le fait qu'un homme soit attiré par une femme (et vis versa),  et c'est ce qui se présente comme étant l'orientation majoritaire de l'espèce humaine), d'homosexualité (selon diverses études, 3% à 10%  des hommes sont homosexuels dans toutes les cultures humaines quelque soit leur attitude vis à vis de l'homosexualité) et de bisexualité. 
il convient notamment de préciser que cette proportion ne dépasse jamais les 10% et ce, selon des études qui ont été menées de 1940 (cf.Kinsey) jusqu'à aujourd'hui. 

Donc contrairement à ce que certains répètent, la proportion des homosexuelles dans les sociétés qui la tolèrent n'augmente pas et elle est ,bien au contraire, constante. 

pour illustrer ses propos,  l'auteur va citer l'exemple de certaines cultures en  Nouvelle-Guinée où l'homosexualité est la règle chez les adolescents de sexe masculin  et ces rapports sont organisés d'une manière à préserver la virginité des filles avant le mariage. 
Diverses études anthropologiques ont alors établi qu'à l'âge adulte, le pourcentage des hommes qui persistent dans une orientation homosexuelle n'est en rien supérieure à la moyenne observée dans d'autres sociétés qui proscrivent l'homosexualité, ce qui revient à dire que les craintes d'une sorte d'extinction de l'espèce humaine suite à la transformation des hétérosexuels en Homosexuels ne sont pas justifiées. 


on se consacrera dans cet article à étaler les différentes informations que nous apporte ce livre sur l'orientation sexuelle et plus précisément l'homosexualité en évinçant la question de l'identité sexuelle qui ne sera pas traitée ici vu l'impossibilité matérielle de condenser le tout dans un si petit espace. 


Comme nous l'avons évoqué plus haut, ce livre est venu répondre à une thèse largement répandue et récemment reprise par le Dr.Stéphane Clerget (2006) basée essentiellement sur des explications psychanalytiques post-freudiennes qui sont une récapitulation d'anecdotes plus que ce ne sont des explications scientifiquement prouvées. 

Par ailleurs, Jacques Balthazart insiste sur le fait que , ces explications ont été , à maintes reprises, remises en cause et se sont révélées  erronées et frauduleuses (cf. Bénésteau 2002, Dufresne 2007, Van Rillaer 1980). 
il convient alors de revenir sur la thèse psychanalytique de Freud qui constitue la DOXA chez les profanes (I) pour détailler ensuite les explications SCIENTIFIQUES apportées par Jacques Balthazart (II). 

I. THÈSE DE L'ORIGINE SOCIALE DE L'HOMOSEXUALITÉ :


on a longtemps cru que l'orientation sexuelle d'un individu est déterminée par l'éducation reçue, le bébé à la naissance serait complètement neutre de ce point de vue (TABULA RASA).


selon les théories freudiennes de l'homosexualité, pendant les deux premières années de la vie postnatale, le bébé passe successivement par des phases de sexualité centrées d'abord sur la bouche, puis sur l'anus et enfin sur le phalus (le pénis). 

à partir de 2ans, la libido de l'enfant se dirige vers les mâles (phase homosexuelle), puis vers la mère à l'âge de 3 à 5ans (phase Oedipienne). et enfin sur les femmes plus tard à la puberté. 

selon freud, l'homosexualité est un blocage du développement psychosexuel, l'individu resterait bloqué à la phase Anale (avant ses 2ans), ou il ne va pas pouvoir transiter de la phase homosexuelle à la phase Oedipienne. 

ce blocage a été expliqué par des interactions sociales essentiellement avec les parents (une absence physique ou affective du père et  la dominance du rôle de la mère pendant l'enfance). 
ainsi, une fille devient lesbienne  à cause d'une haine inconsciente exprimée par la mère. 

or si l'absence du père était responsable de l'homosexualité chez les garçons, on s'attendra à une fréquence plus accrue d'homosexualité masculine chez les enfants élevés en famille monoparentale (mère seule), une situation largement rencontrée en Europe et aux Etats Unis, or aucune étude n'a pu identifier un tel effet.


d'autres explications ont été notamment apportées, on en citera quelques unes: 


*  Une expérience sexuelle précoce, à titre d'exemple, un viol d'une petite fille par un homme qui induirait une répulsion pour le sexe qui a commis l'agression, ou un jeune garçon victime de rapports pédophiles avec un homme et qui en aurait éprouvé du plaisir et donc développera une attractivité vers les hommes. c'est ce qu'on appelle l'imprégnation ("imprinting" selon les études de Lorenz 1950).

certes, ces cas existent mais il convient de préciser néanmoins que la majorité des Homosexuels déclarent ne pas avoir vécu d'expériences sexuelles traumatisantes dans leur enfance. 

*Le Behaviorisme: une théorie selon laquelle l'orientation sexuelle est le résultat d'apprentissage conscients ou inconscients imposés par les parents ou la société en général. 

cette théorie se heurte à des objections: 
l'homosexualité ne semble pas être un trait de caractère désiré dans la majorité des sociétés et les parents/éducateurs ne semblent pas désirer inculquer l'homosexualité à leurs enfants à moins que cet apprentissage ne soit transmis contre leur propre volonté. 
s'agissant des enfants élevés par des homosexuels, on pourrait s'attendre à ce qu'ils soient prédisposés à adopter un comportement semblable à leurs parents, or les donnés disponibles  à l'heure actuelle indique que ces enfants deviennent très généralement hétérosexuels (STACEY and BIBLARZ 2001, Green 1978). 

*Le constructivisme: une théorie selon laquelle le développement de l'orientation sexuelle serait imposée par la société puis internalisée par l'individu.

selon l'auteur, si l'homosexualité était une construction culturelle, sa distribution devrait varier en fonction de l'attitude de la société or comme on l'a mentionné plus haut, les proportions des individus homosexuels sont à peu près les memes indépendamment de la société où ils se trouvent. 

Pour conclure, il n'est pas inopportun de rappeler que l'ensemble de ces théories qui attribuent le développement de l'homosexualité à des causes sociales non biologiques n'ont pas pu à ce jour apporter de données convaincantes pour supporter ces interprétations. cependant, rien n'interdit de penser que les facteurs sociaux interagissent avec le déterminisme biologique mais il doit être d'une importance relativement limitée pour avoir échappé jusqu'à présent à une mise en évidence rigoureuse. 


Il faut noter qu'à l'inverse, la biologie: la génétique et l'endocrinologie du comportement ont identifié des mécanismes qui peuvent induire l'homosexualité. 

II. THESE DE L'ORIGINE BIOLOGIQUE DE L'HOMOSEXUALITÉ: 

 Deux grands types d'explication biologiques ont été avancées pour expliquer l'orientation sexuelle;
ou bien elle est contrôlée par des facteurs hormonaux (A) ou bien elle dépend de facteurs génétiques qui pourraient modifier la production et l'action des Hormones (B). 

A. FACTEURS HORMONAUX: 


Sachant que les stéroïdes sexuels jouent un rôle clé dans l'activation des comportements sexuels chez l'animal et chez l'homme, les chercheurs ont pu logiquement imaginé que les perturbations des concentrations circulantes de ces hormones pourraient être impliqués dans le contrôle de l'homosexualité. 

la testostérone active le comportement sexuel de type mâle et l'oestradiol associé à la progestérone active les comportements  sexuels de type femelle, on aurait pu imagine que la présence de taux excessifs d'oestradiol chez certains hommes soit responsable de leur attraction sexuelle pour d'autres hommes et qu'inversement, les concentrations élevées de testostérone induiraient chez la femme une attraction sexuelle dirigées vers d'autres femmes.
cette théorie a été rejetée suite à des études réalisées sur des animaux qui ont établi que le comportement sexuel n'est pas conditionné par le type d'hormones auxquels ils sont exposées mais par le sexe de leur cerveau qui est déterminé pendant l'ontogenèse (la vie embryonnaire). 
on avait notamment comparé le taux de stéroïde sexuel chez les hommes et les femmes et  aucune différence hormonale  n'a été relevée entre homosexuels et hétérosexuels. 
on peut alors affirmer que l'orientation sexuelle n'est pas affectée par des traitements par des stéroïdes sexuels à l'âge adulte. 

une autre Théorie qui a vu le jour en 1969 par l'endocrinologue Dorner suggère que les foetus humains destinés à devenir des homosexuels à l'âge adulte feraient l'objet d'une différenciation sexuelle anormale causée par des taux anormalement bas de testostérone chez les foetus masculins, et et des taux trop élevés de cette hormone chez les foetus féminins.  

des expériences effectuées sur des rats sont venues illustrer ce postulat: 
lorsqu'on a injecté un embryon de rat de sexe femelle par de la testostérone, ça a induit une masculinisation profonde de son comportement sexuel, cette femme génétique est capable à l'âge adulte de répondre à des injections de testostérone en produisant des comportements sexuels typiques du mâle. 
on peut donc inversé par des manipulations hormonales prénatales le comportement sexuel d'un rat et produire à volonté des individus qui à l'âge adultes présentent des comportements du mâle ou de la femelle indépendamment de leurs sexes génétiques. (GOY and McEWEN 1980). 
il convient de signaler que cette manipulation est irréversible et qu'elle ne peut être effectué sur des embryons humains puisqu'il est éthiquement inacceptable de manipuler volontairement le taux des hormones embryonnaire. 

il est impossible de savoir ce qu'était le milieu hormonal auquel a été exposé un individu adulte donné  pendant sa vie embryonnaire. 

en sachant qu'une prise de sang d'un embryon humain peut provoquer une interruption de grossesse non désirée et donc est strictement encadrée, meme si on arrivait à obtenir une évaluation des concentrations de testostérone chez l'embryon humain, la mise en relation avec l'apparition de l'homosexualité chez les individus étudiés sera très compliquée puisqu'il faut attendre une 20aine d'année avant de pouvoir reprendre l'étude et voir ce qu'il en est de leur orientation sexuelle, aussi le fait que la fréquence d'homosexuels dans la population est très limitée (entre 2% à 8%) rend difficile voir impossible de telles études. 

plusieurs autres études de la différence morphologique et physique entre homosexuels et hétérosexuels ,plus détaillée dans le livre (rapport entre la taille de l'index et de l'annulaire, le volume du SDN-INAH3 chez les hommes et l'émission d'oto-acoustiques chez les femmes), viennent appuyer la thèse de l'influence déterminante de

 taux des hormones embryonnaires sur l'orientation sexuelle des individus.
d'autres facteurs ont notamment été relevés et décortiqués dans le livre qui sont susceptibles d'avoir une influence sur l'orientation sexuelle de l'individu, à savoir, le stress prénatal auquel est exposé la femme enceinte, un certain nombre de traitement comme le traitement de mères gestantes par DES (pour prévenir un éventuel avortement spontané non désiré), l'insensibilité aux androgènes etc..

B. FACTEURS GÉNÉTIQUES: 


si l'on admet que l'orientation homosexuelle se développe en tout ou en partie suite à une exposition anormale aux stéroïdes sexuels pendant la vie embryonnaire, se pose alors la question de l'origine de ces anomalies. 

selon les études reproduites dans cet ouvrage, il est extrêmement probable que l'orientation sexuelle n'est pas déterminée de façon causale strict par un seul gène et il est possible que l'homosexualité résulte d'un phénomène plus complexe qu'est l'interaction entre les différents gènes.
c'est pour cela que des études ont été réalisées sur de vrais jumeaux qui ont par définition le meme matériel génétique, selon lesquels il existerait une meilleur concordance de l'orientation sexuelle entre vrais jumeaux qu'entre faux jumeaux. 

D'autres études de transmission potentielle de l'homosexualité par voie génétique ont montré que l'orientation sexuelle chez l'homme avait tendance à se transmettre par la voie matriarcale, en d'autres termes, un homosexuel homme a une probabilité accrue d'avoir des homosexuels masculins parmi ses ascendants du coté maternel mais pas du coté paternel (pour les homosexuelles femmes, la question est plus complexe). (cf. Hamer and Pattatucci 1993).

cette transmission de l'homosexualité masculine à héritabilité maternelle est associée à la transmission de marqueurs génétiques situés dans la région q28 du chromosome X. 
d'autres marqueurs ont été  identifiés sur les chromosomes 7, 8 et 10. 


Dans ce livre, l'auteur conclut par dire que l'on nait homosexuel, on ne le devient pas contrairement à une idée trop largement répandue. 

il signale notamment que meme si on a  à l'heure actuelle des informations supportant fortement l'idée que l'homosexualité est contrôlée de façon prénatale par des facteurs hormonaux et/ Ou génétiques, nous sommes encore loin de comprendre le détail de ces mécanismes et donc de pouvoir les modifier pour obtenir un résultat spécifique. 
il appelle notamment la société à changer d'optique vis à vis de cette orientation sexuelle souvent considérée comme une perversion , un péché ou une maladie, et renvoie un message fort aux parents d'homosexuels qui, jusque là ont été touché par un sentiment  profond de culpabilité. 
l'homosexualité n'est pas en général un libre choix de vie, elle devra désormais être considérée comme une variation spontanée d'un caractère biologique. 

cet ouvrage est une oeuvre complète qui évoque en détail tous les aspects scientifiques de la question de l'orientation sexuelle, il est alors fortement conseillé d'aller le lire pour comprendre les phénomènes complexes qui influence notre sexualité. 

nous n'avons pas développé ici la question de l'identité sexuelle, néanmoins, elle est bien expliquée dans le Livre de Jacques Balthazart.